Ardelim 2018

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 À propos de l’exposition < i : ci >

JiSun LEE, 2018

Je suis ici, là, nulle part et partout.

Ainsi, c’est d’abord la question du « je », la première personne qui désigne le locuteur, le « i » en anglais comme un petit personnage avec sa tête et son corps dressé debout.

Si l’artiste parle de soi-même, de chez-soi, elle ne se présente jamais entièrement dans les oeuvres. Sa propre identité se fragmente dans chacune des pièces artistiques. Le fragment présent s’alimente du passé, se projette dans le futur où se recomposeront les pièces détachées dans des contextes différents. L’oeuvre pour l’artiste est une représentation de son image et une création fictive à partir de vécus réels et imaginaires. Donc le « je » part du moi alors qu’il reste anonyme, ce qui lui permet de devenir n’importe qui se plongeant dans l’oeuvre.

Ensuite, le « je » se trouve quelque part, dans une situation donnée, une temporalité créée, un monde qui l’invite.

La résidence réunissant une durée de vie et de création sur un territoire défini invite l’artiste à la découverte. Alors j’ai commencé à découvrir, la ville et ses rues, des silhouettes et leur nom, le temps et ses visages, le « moi » et ses mouvements, la lumière et ses ombres. Avec ou sans le plan, chaque pas guide aux suivants pour tracer l’itinéraire sans destination. Sur le chemin, je croise des gens, des animaux, des saisons, des couleurs et des pensées. Une fois rentrée, je me retrouve « chez moi », qui permet enfin de retracer les pas qui relient des souvenirs pointés dans la constellation de la mémoire.

Enfin, le temps. Je suis ici et maintenant.

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JiSun LEE, je suis l’I

Yannick LERICHE

Ecrivain, auteur du recueil de poèmes « K-aZ et éditeur de l’ouvrage « Le français vu du ciel » de Marion Charreau.

Beaugency, Beaugency, la ville porte en elle l’histoire de notre langue et de notre pays. En regards croisés, les temps qui la composent se retrouvent à chaque coin de rue, à chaque présence esquissée. Quelle ville merveilleuse !

Et puis un jour d’hiver, une étrange jeune femme arriva en résidence, son appareil photo, sa frêle silhouette à l’encre d’orient, sa présence éthérée et pourtant ancrée dans chaque espace comme le point de mire d’une conscience aigüe d’être. Fut-elle attirée par la légende de la Maille d’or ? Est-ce l’Histoire des religions qui l’amena à arpenter les ruelles sous les lumières brumeuses de l’hiver ? Le lys, les lys qui seraient donnés à pleines mains ? Nul ne le sait, ne le savait jusqu’à ce jour de mai où les portes s’ouvrirent sur les images de JiSun LEE.

Prisme délicat de la transformation de l’enfant à l’enfant expérimenté qu’est la jeune adulte. Densité du regard dans le silence dense de celle qui interroge le monde. Le jeu était sous le signe de la rencontre entre le « je » et le « vous », ce « je » qui naquit si loin de la France dans un pays aux signes, aux sons, aux couleurs, à la culture autre.

JiSun, Je Suis, JiSun arrivant à Grenoble avec peu de mots, un filet de voix qui aurait pu faire penser à l’idée que l’ont se fait de la fragilité enfantine d’une jeune fille timide mais nous passerions à côté, de l’autre côté de ce miroir qui ressemble tant à un lac paisible de Suisse. L’attrait de la langue et la passion pour le trait donnent au parcours de JiSun l’impression qu’une ligne est tracée, mise en volume par les spirales de l’expérience du quotidien mêlée aux rencontres que l’art pourvoit.

Le peu de mots, le peu de traits, comme l’essence des choses mise en lumière devant vos yeux surpris de retrouver leur quotidien, si juste, si présent dans ces entrechats qui témoignent des passages de l’enfance à la jeunesse, de la jeunesse au grand âge, du présent à l’Histoire. Ces déplacements successifs entre nos états d’âmes nous accompagnant, nous construisant durant toute une vie, le long du fleuve.

Cette exposition serait donc un point de rencontre, un pont enjambant le lit de la Loire entre un ailleurs et un ici rassemblés par le truchement de l’image, rayonnant des mille feux de ce que l’échange porte en lui, la promesse de la reconnaissance de l’autre, le partage.

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